Dans les métiers de l’énergie, il existe une frontière décisive entre ceux qui conçoivent les infrastructures et ceux qui savent les faire durer, produire, performer et créer de la valeur dans le temps. Papa Alioune Dione appartient à cette seconde catégorie de dirigeants techniques dont le parcours raconte une évolution profonde du secteur africain de l’électricité. Longtemps dominée par les enjeux d’accès, de capacité installée et de sécurité d’approvisionnement, l’énergie entre désormais dans une nouvelle phase : celle de la performance opérationnelle, de la qualité contractuelle, de la maîtrise des risques et de la rentabilité durable des actifs.

Depuis août 2025, le Sénégalais occupe chez AXIAN Group le poste de Regional Director of Asset Management and Operations in the Indian Ocean. Basé à Madagascar, il pilote des actifs renouvelables dans plusieurs pays, avec une responsabilité qui dépasse le simple suivi technique. Son rôle consiste à garantir que les infrastructures énergétiques tiennent leurs promesses : produire, servir les réseaux, respecter les engagements contractuels, préserver leur performance financière et sécuriser leur valeur sur le long terme.

Cette trajectoire n’a rien d’un hasard. Elle s’est construite au croisement de trois cultures professionnelles rarement réunies dans un même profil : l’ingénierie de terrain, la négociation énergétique et la gestion d’actifs. Papa Alioune Dione n’est pas seulement un spécialiste du solaire ou des infrastructures électriques. Il incarne une génération d’experts africains capables de lire une centrale comme un système technique, un contrat comme un instrument économique et une opération quotidienne comme un levier de performance.

Son parcours prend racine dans une formation exigeante. Après une préparation scientifique à l’ESIGELEC, école d’ingénieurs généraliste, il poursuit à l’ENSIATE, où il se forme au génie énergétique et au développement durable. Cette base lui donne une compréhension structurée des enjeux d’efficacité énergétique, d’énergies renouvelables, d’électrotechnique et de performance environnementale. Il complète ensuite son profil par un mastère spécialisé à CentraleSupélec en Management des Marchés de l’Énergie, un cursus de haut niveau qui l’expose aux dimensions économiques, financières, réglementaires et systémiques du secteur électrique.

Ce socle académique explique en partie la cohérence de son itinéraire. Chez Eiffage Énergie Systèmes, où il passe près de quatre années en alternance, Papa Alioune Dione entre dans la réalité concrète des grands projets. Il travaille d’abord dans le génie climatique, sur des opérations complexes de chauffage, ventilation, climatisation et désenfumage. Les dossiers auxquels il participe ne sont pas anecdotiques : l’Université de Safran à Massy, la modernisation de Roland-Garros, l’opération Grande Arche Sud à La Défense, le Campus Condorcet, la rénovation d’installations techniques dans de grands ensembles tertiaires. Ces expériences lui donnent le goût des projets où la précision technique doit composer avec les contraintes de chantier, les calendriers serrés, les arbitrages budgétaires et la coordination d’équipes.

Cette première séquence est importante. Elle installe chez lui une compétence que l’on retrouve ensuite dans toute sa carrière : la capacité à relier la conception à l’exécution. Dans les infrastructures, une idée ne vaut que si elle peut être dimensionnée, chiffrée, contractualisée, construite et maintenue. Papa Alioune Dione apprend tôt que la performance n’est pas un slogan, mais une discipline. Elle se mesure dans les métrés, les choix de fournisseurs, la tenue des délais, la qualité des installations, la capacité à anticiper les risques et à corriger les écarts.

Son passage chez SOLARDIS USA WADSWORTH, en Île-de-France, marque une transition vers le photovoltaïque. Chargé d’affaires pour la région Nord, Île-de-France et Centre, il travaille sur le développement de projets solaires en toiture-terrasse. Cette expérience le rapproche d’un secteur appelé à devenir l’un des piliers de la transition énergétique africaine. Le solaire n’est pas seulement une technologie propre ; c’est une réponse possible à des défis structurels : diversification du mix, réduction de la dépendance aux combustibles fossiles, maîtrise des coûts de production, extension de l’accès à l’électricité et résilience des réseaux.

Mais c’est surtout à Senelec, où il évolue pendant sept ans comme Expert Achats d’Énergie, que son profil prend une dimension stratégique. Dans une compagnie nationale d’électricité, l’achat d’énergie n’est pas une fonction administrative. C’est un point névralgique. Il engage des montants importants, structure les relations avec les producteurs indépendants, conditionne l’équilibre économique du système électrique et influence directement la capacité du pays à sécuriser son approvisionnement.

À ce poste, Papa Alioune Dione intervient sur des sujets essentiels : négociation de contrats d’achat d’électricité, suivi de l’application des clauses contractuelles, certification des factures. Derrière ces intitulés techniques se joue une réalité majeure : dans un secteur où les investissements sont lourds, les contrats longs et les risques multiples, la qualité de la négociation et du suivi contractuel peut faire la différence entre un projet soutenable et une charge durable pour le système. L’énergie est une infrastructure, mais elle est aussi un engagement financier à long terme.

Cette expérience sénégalaise donne à son parcours une profondeur particulière. Senelec occupe une place centrale dans l’économie du pays. À travers elle se concentrent les tensions classiques des marchés électriques africains : hausse de la demande, besoin d’investissements, intégration des énergies renouvelables, arbitrage entre coût, fiabilité et souveraineté énergétique. En y travaillant sur les achats d’énergie, Papa Alioune Dione a été exposé à l’un des cœurs stratégiques du secteur : comment acheter mieux, sécuriser les clauses, contrôler les factures, protéger l’acheteur public et garantir la continuité du service.

Son arrivée chez AXIAN Group ouvre un nouveau chapitre. Elle le fait passer du côté de la gestion régionale d’actifs renouvelables. Ce déplacement est révélateur de la transformation de l’énergie en Afrique. Après la phase de développement et de financement des projets, vient celle de l’exploitation. Une centrale solaire, un actif hybride ou une infrastructure énergétique ne se résument pas à leur capacité installée. Leur valeur dépend de leur disponibilité, de leur rendement, de leur maintenance, de leur intégration dans le réseau, de leur conformité contractuelle et de leur capacité à générer des revenus prévisibles.

C’est précisément dans cette zone de complexité que se situe aujourd’hui Papa Alioune Dione. En tant que Regional Director of Asset Management and Operations in the Indian Ocean, il doit arbitrer entre exigences techniques et impératifs financiers. L’excellence opérationnelle devient ici une grammaire de direction. Il faut surveiller les indicateurs de performance, anticiper les défaillances, dialoguer avec les parties prenantes, réduire les risques, optimiser les coûts, garantir la conformité, protéger la rentabilité et inscrire chaque actif dans une logique de création de valeur durable.

Cette fonction exige une qualité rare : savoir parler plusieurs langages. Le langage des ingénieurs, pour comprendre la réalité des centrales. Celui des financiers, pour mesurer la performance et la rentabilité. Celui des juristes, pour interpréter les clauses et les obligations. Celui des régulateurs et des utilities, pour naviguer dans des environnements institutionnels complexes. Celui des équipes de terrain, enfin, pour transformer les objectifs stratégiques en résultats opérationnels.

Papa Alioune Dione représente ainsi une figure discrète mais essentielle de la transition énergétique africaine : celle du dirigeant d’exécution. Les politiques énergétiques sont souvent racontées à travers les annonces, les financements, les mégawatts et les inaugurations. Mais leur réussite se joue aussi dans la durée, dans la manière dont les actifs sont exploités, maintenus, optimisés et protégés. C’est là que se construit la crédibilité réelle d’un modèle énergétique.

Son parcours dit également quelque chose du Sénégal. Il montre que le pays ne forme pas seulement des cadres pour son propre marché, mais aussi des compétences capables d’évoluer dans des environnements régionaux exigeants. Après avoir travaillé sur les enjeux contractuels de l’électricité au Sénégal, Papa Alioune Dione intervient désormais dans l’océan Indien, au sein d’un groupe panafricain qui fait de l’énergie l’un de ses axes structurants. C’est une forme de circulation des expertises africaines : des ingénieurs sénégalais participent désormais à la performance d’actifs énergétiques au-delà de leur marché d’origine.

Dans un continent où la transition énergétique ne peut réussir sans rigueur d’exécution, ce type de profil devient stratégique. L’Afrique n’a pas seulement besoin de nouvelles centrales. Elle a besoin de femmes et d’hommes capables de garantir que ces centrales produisent efficacement, que les contrats soient équilibrés, que les risques soient maîtrisés et que les actifs conservent leur valeur dans le temps. C’est cette économie de la précision que Papa Alioune Dione incarne.

Son itinéraire, de l’ingénierie des grands chantiers français aux achats d’énergie de Senelec, puis à la gestion régionale d’actifs renouvelables chez AXIAN, dessine la trajectoire d’un professionnel qui avance sans bruit dans l’un des secteurs les plus décisifs pour l’avenir africain. À l’heure où l’électricité conditionne l’industrialisation, la compétitivité, la transformation numérique et l’inclusion économique, son profil rappelle une évidence : dans l’énergie, la vraie puissance ne se mesure pas seulement en mégawatts installés, mais dans la capacité à transformer ces mégawatts en performance fiable, durable et utile.

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